Corridor Rotterdam-Gênes : les hollandais se plaignent du retard allemand

Pas content les hollandais. Le CEO du port de Rotterdam a envoyé une lettre aux autorités du Land voisin de Rhénanie-Westphalie, en Allemagne, pour obtenir un calendrier précis de la réalisation de la Betuwe-Lijn (ligne de la Betuwe), une ligne nouvelle entièrement destinée au fret ferroviaire entre Rotterdam et la Ruhr.

L’itinéraire est partie intégrante du corridor ferroviaire européen entre Rotterdam et Gênes, un des plus importants d’Europe. Les néerlandais ont déjà construit leur ligne jusqu’à la frontière allemande, pour un coût de 4,7 milliards d’euros. Le CEO Allard Castelein de l’autorité du port de Rotterdam se plaint car selon lui « aucun progrès significatif n’a été accompli depuis des années [en Allemagne] », rapporte le quotidien AD.nl.

Ce projet intitulé ‘ABS 46/2’ est inclus en tant que projet prioritaire et international dans le plan fédéral des infrastructures de transport (BVWP) depuis… 2003. En conséquence, l’élargissement de la voie devrait être financé principalement par des fonds du budget fédéral. L’État de Rhénanie du Nord-Westphalie participe au financement, de même que l’Union européenne. Le propriétaire du projet est DB Netz AG, qui a été chargée par le gouvernement fédéral de mettre en œuvre le projet. Il ne s’agit donc pas ici d’une nouvelle ligne à travers les champs, mais d’un élargissement de la ligne actuelle sur les 73km reliant la frontière néerlandaise à Oberhausen, aux portes de la Ruhr. Dans les détails, 46km auront un simple élargissement, 22km seront totalement reconstruits à trois voies et trois kilomètres disposeront de quatre voies.

Il a fallu terminer tout un parcours législatif avant que DB Netz ne reçoive ses « droits de construction ». En 2015, l’Autorité fédérale des chemins de fer avait accordé à la Deutsche Bahn des conditions plus strictes pour le développement de la ligne Betuwe. En 2016, les travaux avaient officiellement commencé sur la partie allemande entre Emmerich et Oberhausen, mais les choses semblent traîner pour diverses raisons, à commencer par les riverains de la ligne allemande, plus nombreux qu’aux Pays-Bas, de même qu’une sombre histoire du nombre d’accès aux pompiers.

Outre la construction de la troisième voie, la construction comprend aussi la modernisation de la signalisation, la modernisation des gares et arrêts, la suppression des passages à niveau et des mesures complètes de protection contre le bruit et les vibrations. Ce dernier point crispe de nombreux riverains qui craignent une flambée du trafic et des nuisances, sans compter une dévalorisation des biens immobiliers situés à proximité. Tout cela dans un contexte politique agité ces derniers temps en Allemagne.

Actuellement environ 26.000 trains par an circulent entre le port de Rotterdam et Oberhausen. Un chiffre qui peut grimper à 35.000 voire 38.500 en 2023, suite à l’ouverture à Rotterdam du Maasvlakte II, un gigantesque terminal à conteneur. La gare frontière actuelle de Emmerich est saturée, selon l’autorité portuaire néerlandaise, et menacerait donc la fiabilité du service.

Tout cela démontre l’importance des infrastructures ferroviaires pour un report modal « exécutable », alors qu’on entend souvent des promesses et beaucoup de communication publique.

>> Voir les détails sur la construction de ce tronçon

Un des milliers de trains conteneurs annuels, en route pour l’Allemagne (photo Rob Dammers via licence flickr)

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