Le train et les betteraves

Le rail et l’agriculture, on connaît cela avec les céréales. Mais on oublie souvent le secteur des betteraves. Le centre de l’Europe nous montre comment on peut en assurer l’exploitation.

Chaque automne, dans les pays germano-alpins, on peut voir de longs trains de marchandises transportant des betteraves. Les wagons de fret, des Eaos pour la plupart, sont loués à cet effet dans toute l’Europe. La récolte de betteraves ne prend que quelques semaines et ne nécessite pas à la fois un parc spécialisé, ni des gares spécialisées. On peut ainsi utiliser temporairement un espace de stockage plat d’à peine 50 x 50 m. En outre, il faut disposer d’une voie de chargement d’environ 200 mètres de longueur. Pour chaque point de chargement ne nécessite qu’une ou deux pelleteuses sur pneus et deux membres du personnel.

En Suisse, 75 points de chargement s’étendent du lac Léman à la vallée du Rhin, en passant par le Jura et la Suisse centrale. Chaque jour, jusqu’à 300 wagons de CFF Cargo chargés partent vers les sucreries de Frauenfeld et Aarberg. D’ici la fin de la campagne, ils auront transporté environ 1,9 millions de tonnes de betteraves pour une campagne annuelle. Outre le produit de la récolte suisse, les sucreries transforment également des betteraves bio en provenance du Sud de l’Allemagne. CFF Cargo réceptionne au total 600 wagons à la frontière à Schaffhouse et les achemine directement jusqu’à la sucrerie de Frauenfeld. 6000 tonnes de betteraves issues de la culture biodynamique proviennent de la région de Würzburg / Nördlingen et sont produits et commercialisé en Suisse sous le label Demeter. Au total, la sucrerie de Frauenfeld s’attend à un volume de traitement de 825 000 tonnes. La proportion de betteraves importées est actuellement d’environ 15 pour cent.

Wagon Eaos chargé de betteraves, apte à d’autres transports, comme la ferraille (photo NRB)

Ce trafic germano-suisse a été durement touché par la fameuse interruption de ligne de Rastatt, où les camions ont dû prendre le relais jusqu’au 7 octobre. C’est d’autant plus dommageable que ce charroi venait de faire l’objet d’un changement de flux, favorable à une petite gare. En effet, le départ d’un ferrailleur et d’une entreprise locale implantés contre la gare de Nördlingen a permis de créer un point de chargement plus proche des exploitants agricoles. L’espace libéré permet ainsi de faire venir les camions directement sur un quai marchandise et de charger les wagons à la pelleteuse. Un système simple, momentané et rentable, puisque wagons, camions et pelleteuses sont utilisés pour d’autres tâches le reste de l’année. L’exemple de Nördlingen aurait permis ainsi d’éviter près de 350 à 360 camions qui auraient dû charger 95 kilomètres plus loin, à Ingolstadt. Le gain est donc énorme.

Point de chargement à Nördlingen (photo Bayern Bahn)

En Autriche, environ 2,8 millions de tonnes de betteraves à sucre sont récoltées chaque année. Plus de la moitié de ce tonnage passe du champ à l’usine par train. La filiale des ÖBB, Rail Cargo Austria (RCA), dispose de 103 jours pour acheminer environ 1,5 million de tonnes de betteraves sucrières, ce qui représente tout de même plus de 25 000 wagons de betteraves pour un trafic d’environ 2 700 trajets en train. En retour, le sucre fini quitte l’usine en vingt variantes et est distribué par un réseau international de logistique et de transport.

Mais les wagons changent aussi avec le temps. Environ 30 ans après le remplacement des types à deux essieux par des Eaos à bogies, l’image caractéristique du transport de la betterave sucrière a de nouveau changé. On trouve désormais des « containers à betteraves », une innovation toute simple que l’autrichien Innofreight commercialise sous le nom de « AgroTainer-System ». Ces conteneurs commencent à être exploité, notamment vers la sucrerie suisse de Frauenfeld.

Chargement aux abords du champ, dans des conteneurs AgroTainer (photo Innofreight)

Ou chargement directement sur le train (photo Innofreight)

Le transport de betteraves sucrières est momentané, mais massif dans les régions d’Europe où la production est intense. Un bon exemple serait d’implanter les points de récolte sur des capillaires, là où on n’embête personne et où on se situe pas trop loin des agriculteurs et des coopératives.

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